Il y a les fins qu’on ne peut pas ignorer : le décès d’un être cher, une maladie qui change tout. Et il y a toutes les autres, plus discrètes, qu’on traverse sans jamais vraiment les clôturer : la fin d’un contrat, l’abandon d’un projet, la sortie d’un schéma qu’on répétait depuis des années, une croyance ou une idée fixe.
Dans les deux cas, la même question se pose : savons-nous vraiment finir ?
Le deuil n’est pas une ligne droite
Je vois circuler, sur les réseaux, des schémas rassurants du deuil : cinq étapes, dans l’ordre, jusqu’à l’acceptation finale. Ce modèle a le mérite d’avoir donné un langage commun à quelque chose de longtemps resté silencieux. Mais le Dr. Kübler-Ross elle-même a précisé, plus tard dans sa carrière, que ces étapes n’ont jamais été conçues comme un parcours linéaire ni universel. J’insiste sur ce point parce que je le vois faire du mal : le deuil ne suit pas d’ordre. Il va et vient, mélange la colère et l’espoir, la culpabilité et l’amour, parfois dans la même heure, parfois dans la même phrase.
Je reçois énormément de personnes bloquées, en manque d’énergie, comme aspirées par leur passé à cause de deuils non résolus. Aller chercher ce qui est resté figé dans la douleur est une grande partie de mon travail, et l’une des dimensions de ma pratique qui me tient le plus à cœur. Il s’agit d’aller à la rencontre de mots jamais dits, de sensations, de regrets, d’espoirs, de culpabilité, d’amour… peut importe la forme dans laquelle ils s’expriment.
Un deuil réussi ?
Je vais être directe : un deuil « réussi » n’est pas un deuil facile. Consciemment ou inconsciemment, on met souvent de la distance avec ses émotions, pour continuer à fonctionner. Un deuil prend du temps, et il fait mal. C’est un processus à traverser, aussi lentement qu’il le faut, pour avancer, doucement, vers ce qui vient ensuite. Et il est terriblement négligé dans notre société qui le considère trop souvent comme un problème à résoudre rapidement
Pas seulement la mort
Le mot « deuil » évoque presque toujours une perte au sens strict. Mais j’accompagne aussi beaucoup de deuils de situations : la fin d’une relation, un déménagement forcé ou non, une bascule professionnelle brutale, la perte d’une version de soi qu’on croyait acquise. Ces deuils-là, je les vois systématiquement minimisés parce qu’ils ne sont pas reconnus socialement comme « de vrais deuils », parce qu’il n’y a ni enterrement ni condoléances pour marquer qu’il s’est passé quelque chose d’important.
La psychologue Pauline Boss appelle cela le deuil ambigu : une perte sans rituel, sans reconnaissance sociale, parfois même sans certitude que quelque chose est réellement terminé. C’est peut-être la forme de deuil la plus fréquente que je rencontre en séance, et la moins accompagnée dans nos vies.
Ce qu’on clôture vraiment
Un point essentiel : matérialiser symboliquement la fin d’une relation ne signifie pas forcément passer de tout à rien. Il peut s’agir d’un glissement (d’une place à une autre, d’un lien à un autre, d’une présence à une présence différente. L’idée est donc de faire place nette (pas d’effacer), pour permettre à une nouvelle réalité de naître, avec sa juste forme.
Quand on marque la fin d’une relation, ce qu’on clôture en réalité, c’est le lien de souffrance à cette relation (uniquement celui-là). C’est précisément pour ça que ce n’est jamais passer de tout à rien : ce qui reste, ce qui a compté, ce qui a fait grandir, n’a pas besoin d’être coupé pour que la souffrance, elle, cesse d’agir (au contraire !).
Reconnaître qu’il est temps de clore
Certains signes, je les vois revenir souvent chez les personnes que j’accompagne :
- une pensée qui tourne en boucle autour d’une même situation, sans jamais se résoudre, ou des cauchemars récurrents.
- une fatigue diffuse, sans cause précise identifiée, qui semble liée à « quelque chose qui n’avance plus ».
- le sentiment de revivre, encore et encore, une même émotion face à des contextes pourtant différents.
- une difficulté à se projeter, comme si une partie de vous restait ancrée ailleurs, dans un temps qui ne bouge plus.
- parfois, c’est même une forme d’irritabilité face à un sujet qu’on croyait pourtant « réglé ».
Ces signes indiquent simplement qu’une transition demande, peut-être, à être davantage conscientisée, et qu’un chapitre attend encore d’être refermé.
Terminer, ce n’est pas faire le bilan
Il y a aussi toutes ces petites étapes du quotidien qu’on ne prend jamais le temps de clôturer. Pour moi, savoir terminer, ce n’est pas « faire le bilan » en mode performance (lister ce qui a marché, ce qui n’a pas marché, cocher une case et passer à autre chose). C’est mesurer le chemin parcouru, apprécier émotionnellement les hauts et les bas du processus, et choisir consciemment de tourner la page.
Je n’invite pas à l’oubli, au rejet ou à mettre de mettre de côté.
C’est tout l’inverse: c’est ACCEPTER ce qui a existé, de bon et de moins bon. Et poser un acte symbolique de clôture, c’est ce qui permet à l’ouverture sur autre chose de devenir plus fluide, plus naturelle.
L’anthropologue Arnold Van Gennep avait théorisé, dès le début du 20e siècle, que toute transition importante dans une vie humaine traverse trois temps : une séparation, un passage par un entre-deux, puis une réintégration dans une nouvelle réalité. Nos sociétés modernes ont gardé des rituels pour certains passages (mariage, remise de diplôme, funérailles) et en ont oublié tellement d’autres : la fin d’un contrat de travail, la fin d’un projet personnel, qu’il soit abouti ou qu’on choisisse de ne pas aller plus loin, la fin d’un schéma répétitif qu’on a enfin identifié et décidé de quitter, une croyance héritée ou non qui a trop longtemps pesé.
Le symbolisme est le langage de l’inconscient. C’est pour ça que les rituels fonctionnent, même quand ils paraissent, à première vue, « juste symboliques », ou parfois même « enfantins » (précisement parce qu’ils sont accessibles par tous et toutes, petits et grands, au delà du mental et de l’intellect)
Quelques rituels que j’utilise moi-même
Je vous partage ici des pratiques que j’expérimente à titre personnel et très accessibles. Je précise aussi d’emblée : la clé n’est jamais dans la pratique elle-même, mais dans votre capacité à ressentir et à vous approprier votre propre connexion à vous-même. Prenez ce qui résonne, adaptez, inventez le vôtre si aucun de ceux-ci ne vous parle. Ce que je vous propose n’a de valeur que si vous vous l’appropriez.
Confier à la terre
Je choisis un objet naturel (une plume, une coquille d’escargot, un caillou… pas d’élément polluant) pour représenter une émotion ou une expérience difficile, et je l’enterre dans un endroit que j’affectionne particulièrement. Symboliquement, mettre à la terre n’est pas enfouir ni cacher : c’est nourrir un processus de transformation. La terre reçoit, décompose, transforme.
Dessiner, puis brûler
Je dessine, même sans chercher à représenter quoi que ce soit de précis, en jouant avec les couleurs (j’aime particulièrement les crayons gras pour ça) pour laisser sortir ce qui est lié à un moment douloureux ou à de la colère. En général, j’aime ensuite brûler le dessin ; c’est un geste de transformation. Les cendres de mon poêle à bois servent à nourrir mes plantes !
Le mouvement
Le corps sait clore ce que les mots ne savent pas encore dire. Une danse intuitive, sur une musique ou en silence, sans chorégraphie ni recherche d’esthétique, peut suffire à faire circuler ce qui doit encore bouger en vous. Laissez le mouvement venir, se répéter, s’arrêter, repartir, sans chercher à comprendre, juste à ressentir.
Dénouer la posture
Une pratique que j’utilise régulièrement : laisser mon corps se figer naturellement dans la posture qui incarne une situation ou une émotion difficile, y rester quelques instants en pleine conscience, puis dénouer très progressivement, jusqu’à retrouver une posture de confort et d’ouverture. Vous trouverez le détail complet de cette pratique dans cette fiche ressource téléchargeable.
Cette liste est volontairement courte. Elle est loin de représenter tout ce qui peut se faire, spontanément et en conscience, pour marquer une clôture. Ces pratiques simples peuvent accompagner une clôture, l’amorcer, ou simplement ouvrir un espace de conscience autour d’elle. Elles ne remplacent pas un travail plus profond quand la charge émotionnelle est importante. Dans ces cas là accompagnement permet d’aller plus loin, en sécurité. Moi-même j’utilise les pratiques que je propose et transmets en séance.
Ce que je vois changer, quand on ose dire au revoir
Ce que j’observe, en séance comme dans ma propre vie, c’est que ce qui n’est jamais clôturé continue, silencieusement, de peser. Je le vois chez les personnes que j’accompagne, je le vis moi-même. Pas besoin d’attendre un grand deuil pour apprendre à dire au revoir. Les petites fins méritent, elles aussi, d’être vues, ressenties, honorées pour que la porte suivante s’ouvre plus légèrement.
Pour aller plus loin
Quelques articles complémentaires à découvrir :
→ Comprendre le trauma : quand l’expérience dépasse nos capacités d’adaptation
→ Le point de bascule : quand de petits pas changent une trajectoire
→ Manifestations symboliques : émotions et corps
Être accompagné·e
Si ce que vous venez de lire résonne avec votre vécu et que vous ressentez le besoin d’être accompagné·e, je propose des accompagnements thérapeutiques en visio.
Ma pratique s’appuie notamment sur l’hypnose et la thérapie symbolique, dans une approche respectueuse du rythme et de l’histoire de chacun·e.
Qui suis-je ?
Je m’appelle Aurélie Ducrot, je suis hypnothérapeute certifiée, formée à l’hypnose humaniste, ericksonienne et à la thérapie symbolique avancée (IFHE).
J’accompagne les adultes et les adolescents en thérapie individuelle avec une approche douce, respectueuse du rythme de chacun, hors des logiques de performance ou de « réparation de soi ».


Commentaires récents