On entend souvent cette idée, formulée de mille façons différentes : « Je travaillerai sur moi d’abord, et ensuite j’irai vers les autres. » Comme si la guérison était une condition préalable à la connexion. Comme si l’on devait être entier·e avant de pouvoir recevoir ce qui nous aide à le devenir.
Pourtant, la recherche en neurosciences et la pratique clinique nous montrent quelque chose de plus nuancé, et de plus encourageant : le trauma ne se répare pas dans l’isolement. Il se répare au cœur de relations saines et soutenantes.
Ce que le trauma fait au système nerveux
Quand nous vivons une expérience traumatique, notre cerveau enregistre bien plus qu’un souvenir douloureux. Il encode une règle de survie : les autres sont dangereux, imprévisibles, ou absents quand on en a besoin. Le système nerveux apprend à se protéger (par le retrait, l’hypervigilance, ou la fusion) pour éviter de revivre la blessure originelle.
Le psychiatre et chercheur Bessel van der Kolk, auteur de Le corps n’oublie rien, le formule ainsi : le trauma isole. Il brise les ponts qui nous relient aux autres et à nous-mêmes. La guérison, dès lors, ne peut pas être uniquement cognitive ou intellectuelle : elle doit être relationnelle et corporelle.
Les travaux du Dr Stephen Porges sur la théorie polyvagale vont dans le même sens : c’est le sentiment de sécurité en présence de l’autre qui permet au système nerveux de sortir de ses états de défense et d’entrer dans un état d’ouverture, de régulation, et d’apprentissage. Ce sentiment ne peut s’acquérir qu’en le vivant, pas seulement en le pensant.
Quand les modèles relationnels ont été dysfonctionnels
Pour beaucoup de personnes qui ont vécu des traumatismes, surtout ceux d’origine relationnelle (négligence, abus, attachement insécure), l’idée même d’une relation saine peut sembler abstraite, voire suspecte.
Si l’on a grandi dans un environnement où l’amour était conditionnel, où la proximité était synonyme de danger, ou encore où l’on devait se rendre invisible pour exister en paix, alors le système nerveux a intégré ces schémas comme la norme. Non pas par choix, mais par nécessité de survie.
Ces modèles internes (ce que l’on appelle en psychologie les schémas d’attachement) colorent ensuite toutes nos relations. Ils nous font interpréter la bienveillance comme une menace, fuir quand quelqu’un s’approche trop, ou au contraire nous accrocher de peur d’être abandonné.
C’est la logique profonde d’un système nerveux qui a appris à faire de son mieux.
La bonne nouvelle ?
Ces schémas ne sont pas figés. Le cerveau est plastique, et les neurosciences ont largement documenté cette capacité de neuroplasticité : de nouvelles connexions peuvent se créer, de nouveaux chemins peuvent s’ouvrir.
Mais pas dans le vide : dans l’expérience.
On n’attend pas d’être « guéri » pour commencer
C’est peut-être le message le plus important à entendre : il ne sert à rien d’attendre d’avoir tout réglé pour s’autoriser à entrer en relation.
Cette attente est elle-même souvent un symptôme du trauma, une façon de se protéger en différant indéfiniment le risque d’être blessé·e à nouveau. On se dit : « Quand je serai suffisamment fort·e, suffisamment stable, suffisamment guéri·e… » Mais la stabilité, la force, et la guérison ne précèdent pas la relation. Elles s’y construisent.
C’est précisément dans l’expérience de se sentir vu·e, entendu·e, respecté·e (que ce soit par un thérapeute, un ami proche, un partenaire, ou un groupe de soutien) que le système nerveux commence à réécrire ses règles anciennes. Parce qu’il l’a vécu et pas parce qu’on lui a rationnellement expliqué qu’il pouvait faire confiance.
En hypnothérapie, nous travaillons beaucoup avec cette intelligence du corps et de l’expérience vécue. Les approches ericksonienne et humaniste nous invitent à mobiliser les ressources internes, souvent enfouies sous les couches de protection, pour créer de nouveaux récits possibles. La thérapie symbolique et la pleine conscience permettent, quant à elles, de retrouver une présence à soi qui rend possible la présence à l’autre.
La relation thérapeutique comme espace d’apprentissage
La relation entre un·e thérapeute et la personne qu’il accompagne est elle-même un espace d’expérience relationnelle. Elle n’est pas là seulement pour parler du problème, elle est un lieu où l’on pratique quelque chose de nouveau : être accueilli·e sans jugement, exprimer une émotion sans qu’elle soit minimisée, faire confiance progressivement, et sentir que c’est possible.
Chaque micro-expérience de sécurité dans la relation thérapeutique pose une pierre. Et ces pierres, peu à peu, forment un chemin.
Se tourner vers les autres quand on a été blessé·e par eux est l’un des actes les plus courageux qui soit. Pas besoin de tout comprendre avant de commencer : juste d’avancer, à son rythme, dans des espaces où l’on se sent suffisamment en sécurité.
Le chemin vers soi passe, paradoxalement, par l’autre.
Et concrètement, par où commencer ?
La sécurité relationnelle se construit dans les tout petits moments. Ceux qu’on remarque à peine, et qui pourtant réorganisent quelque chose en profondeur.
Une pratique simple :
Choisissez une interaction du quotidien (avec un voisin, un collègue, un inconnu dans un café) et observez ce qui se passe en vous après. Pas pendant, car la vigilance peut être forte sur le moment. Juste après.
Est-ce que quelque chose s’est déposé ? L’échange a-t-il laissé une trace neutre, légère, agréable ? Ces micro-expériences positives sont des données précieuses pour votre système nerveux. Elles lui montrent, très progressivement, que le monde contient aussi des espaces sûrs.
Pas besoin de forcer quoi que ce soit. Juste commencer à remarquer ce qui fait du bien, et lui laisser un peu plus de place.
Être accompagné·e
Si ce que vous venez de lire résonne avec votre vécu et que vous ressentez le besoin d’être accompagné·e, je propose des accompagnements thérapeutiques en visio et ponctuellement en cabinet à Chalon-sur-Saône (71).
Ma pratique s’appuie notamment sur l’hypnose et la thérapie symbolique, dans une approche respectueuse du rythme et de l’histoire de chacun·e.
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