Le mot trauma est aujourd’hui largement utilisé. Il circule dans les médias, sur les réseaux sociaux, parfois dans des discours très techniques, parfois au contraire très simplificateurs. Pourtant, pour les personnes qui le vivent, le trauma n’est ni un concept abstrait ni une étiquette. C’est une expérience intime, souvent déroutante, qui se manifeste bien au-delà de l’événement initial.

En tant que thérapeute, je rencontre régulièrement des personnes qui ne se présentent pas comme « traumatisées ». Elles parlent plutôt d’un mal-être diffus, d’une fatigue profonde, d’émotions envahissantes ou absentes, de réactions qu’elles ne comprennent pas toujours. Mettre des mots sur ce qui se joue peut être une première étape essentielle, non pour enfermer, mais pour donner du sens à ce qui est vécu.

Une définition simple et essentielle du trauma

On pourrait dire que le trauma survient lorsqu’une personne est confrontée à une situation trop intense, trop soudaine ou trop durable, sans disposer, à ce moment-là, des ressources internes ou externes nécessaires pour y faire face.

Ce qui fait trauma, ce n’est donc pas uniquement l’événement en lui-même, mais la manière dont il est intégré (ou non) par le système psychique et corporel. Lorsque l’expérience déborde les capacités d’adaptation, une partie de la personne reste comme figée dans cette situation passée, même si, rationnellement, elle sait que c’est terminé.

Le mental peut comprendre, analyser, expliquer.
Le corps, lui, continue parfois à réagir comme si le danger était encore présent.

volcan représentant les émotions contenues après un traumatisme

Trauma aigu, chronique et vicariant : des réalités différentes, des vécus singuliers

Pour mieux comprendre, on distingue souvent plusieurs formes de trauma. Ces catégories ne sont pas des cases fermées, mais des repères.

Le trauma aigu :

Il est directement lié à un événement ponctuel, clairement identifiable : accident, agression, catastrophe, annonce brutale, intervention médicale invasive, par exemple. L’expérience est intense, souvent soudaine, et laisse une trace lorsqu’elle n’a pas pu être traitée sur le moment.

Le trauma chronique :

Il s’installe dans la durée. Il résulte d’une exposition répétée à un climat d’insécurité, de stress ou de violence, parfois plus subtil mais constant : maltraitance émotionnelle, négligence, humiliations répétées, précarité prolongée, discriminations, environnement familial instable. Ici, il n’y a pas toujours un souvenir précis à retrouver, mais plutôt un état interne appris, une façon d’être au monde construite pour survivre.

Le trauma vicariant :

Il concerne les personnes exposées de manière répétée à la souffrance ou au trauma des autres : professionnels du soin, de l’accompagnement, proches aidants, mais aussi parfois membres d’une famille ou d’un groupe fortement touché par des violences. Même sans vivre directement l’événement, le système nerveux peut être profondément impacté.

Dans tous les cas, ce sont les répercussions dans le présent qui comptent : difficultés relationnelles, hypervigilance, dissociation, troubles du sommeil, réactions émotionnelles intenses ou au contraire anesthésie affective.

pompier épuisé et choqué après une intervention

Quand le trauma s’inscrit dans un contexte plus large

Il est important de le dire clairement : les traumas ne se développent pas uniquement dans des histoires individuelles isolées. Certains contextes sociaux, culturels ou institutionnels augmentent fortement l’exposition à l’insécurité et à l’impuissance.

Une lecture uniquement individualisante du trauma peut renforcer la honte ou le sentiment de culpabilité.

Les violences éducatives ordinaires, le racisme vécu au quotidien, la précarité matérielle, certaines formes de violence institutionnelle ou de discrimination constituent des terrains propices au trauma chronique.

Prendre conscience de ces facteurs permet de mieux comprendre ses réactions et ses émotions : ce que vous ressentez n’est pas le reflet d’un échec personnel, mais une réponse normale à un environnement difficile et dysfonctionnel.

Ce que nous apprennent les neurosciences (en simplifié)

Les avancées en neurosciences confirment aujourd’hui ce que beaucoup de personnes ressentent intuitivement : le trauma modifie le fonctionnement du système nerveux.

Face à une menace perçue comme insurmontable, le cerveau privilégie des réponses de survie (fuite, lutte, figement, dissociation, soumission). Ces réponses sont automatiques et involontaires. Lorsqu’elles ne peuvent pas se résoudre, le corps peut rester bloqué dans ces modes, même longtemps après.

La bonne nouvelle, sans en faire une promesse magique, est que le cerveau et le système nerveux sont plastiques. Cela signifie qu’ils peuvent évoluer, à condition que de nouvelles expériences de sécurité, de sens et de choix puissent être vécues de manière progressive et respectueuse.

Le trauma ne se soigne pas uniquement par la compréhension : la place de l’hypnose et de la thérapie symbolique

femme qui pratique l'hypnose pour explorer ses émotions inconscientes

Comprendre son histoire est souvent important. Mettre du sens, relier les points, organiser le récit aide le mental à s’apaiser. Mais le trauma ne se loge pas uniquement dans les mots

Il s’exprime aussi à travers des sensations, des images, des élans contrariés, des réactions corporelles qui échappent parfois à la volonté.

Il ne s’agit pas d’effacer le passé, ni de « positiver », mais de permettre une réorganisation interne, plus souple, plus sécurisée.

Certaines approches, comme l’hypnose et la thérapie symbolique, permettent de travailler directement avec ce que le trauma a laissé en nous. Dans ma pratique, je parle souvent de parts blessées et de parts protectrices.

  • Les parts blessées :

Elles correspondent aux aspects de nous qui ont vécu la douleur, la peur ou l’injustice. Elles gardent en mémoire le trauma et peuvent continuer à réagir dans le présent, même quand la situation est terminée.

 

  • Les parts protectrices :

Ce sont celles  qui se sont mises en action pour nous aider à survivre : elles détournent l’attention, figent le corps, se mettent en colère ou se coupent des émotions. Elles ne sont ni mauvaises ni inutiles : elles ont fait leur travail, souvent dans l’urgence.

En séance, il ne s’agit pas de juger ou de rejeter ces parts. Il s’agit plutôt de les repérer, les accueillir et, petit à petit, leur permettre de se réorganiser.



En autonomie, cela peut déjà se traduire par une simple observation intérieure : noter, par exemple, quand une émotion intense ou un blocage apparaît, et reconnaître que c’est une part de soi qui protège ou qui souffre, plutôt qu’un défaut ou une “faiblesse personnelle”.

Un chemin qui respecte le rythme de chacun

Travailler avec le trauma est rarement linéaire. Il y a des avancées, des pauses, parfois des retours en arrière apparents. Ce mouvement fait partie du processus. Chercher à aller trop vite ou à « régler le problème » peut paradoxalement renforcer les mécanismes de protection.

Reconnaître la complexité du trauma, c’est déjà sortir de l’idée qu’il suffirait de vouloir pour aller mieux.

Une invitation douce pour terminer

Sans chercher à analyser, je vous propose simplement cette question à laisser résonner :

Dans quelles situations de votre vie actuelle réagissez-vous plus intensément que ce que la situation semble demander ?

Il ne s’agit pas de juger ces réactions, ni de les corriger. Juste de les observer avec curiosité. Souvent, c’est là que le trauma se manifeste : non pas comme un souvenir précis, mais comme une mémoire du corps qui cherche encore de la sécurité.

Pour aller plus loin

Il existe de nombreux ouvrages qui parlent du traumatisme et de son impact dans notre quotidien.
Je vous invite à découvrir deux livres très accessibles :

Être accompagné·e

Si ce que vous venez de lire résonne avec votre vécu et que vous ressentez le besoin d’être accompagné·e, je propose des accompagnements thérapeutiques en visio et ponctuellement en cabinet à Chalon-sur-Saône (71).

Ma pratique s’appuie notamment sur l’hypnose et la thérapie symbolique, dans une approche respectueuse du rythme et de l’histoire de chacun·e.