Certaines personnes utilisent des mots comme “vide intérieur”, “je ne sens rien”, ou encore “je suis spectateur·rice de ma vie” pour décrire leur expérience. D’autres parlent de moments où leurs émotions semblent coupées, comme si une barrière les séparait de ce qu’elles vivent.

Ces vécus peuvent être profondément déroutants et parfois effrayants, surtout lorsqu’on n’a pas de repères pour les comprendre.

Dans le contexte du trauma, ces expériences tiennent souvent à un mécanisme appelé dissociation. C’est, avant tout, une stratégie de survie que le système nerveux a construite pour faire face à des expériences difficiles.

Qu’est-ce que la dissociation ?

La dissociation est un phénomène par lequel certaines expériences, sensations ou émotions deviennent partiellement ou totalement “inaccessibles” à la conscience ordinaire, comme si elles étaient placées en dehors de l’expérience immédiate. Cela peut se manifester par :

  • une impression d’être déconnecté·e de son corps ou de ses émotions,

  • une sensation d’être observateur·rice plutôt qu’acteur·rice de sa vie,

  • des difficultés à relier ce que l’on ressent à ce que l’on vit,

  • ou encore des moments où le temps semble “flotter” ou s’échapper.

Dissociation et trauma : une réponse de survie

Sur le plan clinique, on retrouve la dissociation dans différentes formes, depuis des états légers de déconnexion jusqu’à des cas plus prononcés où la perception de soi devient floue ou fragmentée.

Ce mécanisme apparaît comme une réponse adaptée à une surcharge émotionnelle ou à un traumatisme : le cerveau “débranche” temporairement ce qui est trop intense pour être intégré ici et maintenant. C’est une façon de continuer à fonctionner quand l’émotion aurait autrement submergé la personne.

La dissociation est souvent corrélée à des traumas complexes ou répétés, notamment quand les expériences ont été difficiles à intégrer émotionnellement, ou quand l’environnement était imprévisible, insécurisant ou dangereux.

Dans ces contextes, dissocier une partie de soi (une émotion, une sensation, un souvenir) peut permettre au reste du système interne de continuer à fonctionner sans être submergé par la souffrance. Cela ne veut pas dire que ces parties “ont disparu”. Elles sont toujours présentes, mais hors du champ de conscience habituel. Elles rejoignent directement l’espace inconscient, d’où elles peuvent influencer le quotidien.

femme épuisée en réponse à la dissociation émotionnelle

Quand dissocier protège… et épuise

À court terme, la dissociation peut avoir eu une fonction protectrice : elle a permis de supporter ce qui était autrement trop difficile à vivre dans l’instant. Mais lorsque ce mécanisme persiste au-delà de l’événement qui l’a déclenché, il peut devenir une source d’épuisement, de confusion et de déconnexion dans la vie quotidienne.

Beaucoup de personnes dissociées décrivent une difficulté à ressentir leurs émotions de façon stable, à reconnaître leurs besoins, ou à relier leurs expériences internes à ce qui se passe dans leur vie. Cela peut être particulièrement déroutant lorsqu’une émotion est ressentie comme étrangère ou pas vraiment “à soi”.

Parts blessées, parts protectrices : une lecture incarnée

Dans ma pratique, j’aime aborder la dissociation à travers l’idée de parts blessées et de parts protectrices.

  • Les parts blessées sont celles qui ont vécu des expériences difficiles ou qui portent encore une émotion forte qui n’a pas pu être pleinement accueillie à l’époque.

  • Les parts protectrices sont des structures internes qui se sont organisées pour aider à survivre, en coupant, en atténuant ou en déplaçant certaines sensations, émotions ou souvenirs.

Lorsque ces parts protègent activement, elles peuvent empêcher l’accès conscient à certaines émotions pour éviter une surcharge. Cela peut donner l’impression de ne plus sentir certaines choses, ou d’être “spectateur·rice” plutôt qu’acteur·rice de ses propres émotions. On parle parfois de « résistance » dans le cadre thérapeutique et c’est exactement de cela qu’il s’agit : des mécanismes puissants qu’il convient de prendre en compte, rencontrer et apaiser plutôt que lutter contre.

Une dissociation qui se manifeste ici et maintenant

La dissociation ne se limite pas à des phénomènes extrêmes ou rares. Elle peut se présenter dans des formes plus subtiles, par exemple :

  • un instant où on “s’échappe” sans s’en rendre compte,

  • une sensation d’être à côté de soi pendant une conversation difficile,

  • une incapacité à localiser une émotion dans le corps,

  • ou un sentiment d’irréalité passager.

Reconnaître ces états comme des indices sur ce qui a été difficile à traiter émotionnellement ouvre souvent un espace de compréhension et d’apaisement. C’est un premier pas sur le chemin de l’individuation et le retour à soi.

femme enveloppée dans un châle symbolisant la paix et la sérénité

Revenir progressivement au ressenti

La dissociation ne se “répare” pas d’un coup. Elle évolue lorsque le système interne peut expérimenter davantage de sécurité, de présence et de choix, à un rythme tolérable pour la personne. Cela passe par des expériences corporelles, émotionnelles et relationnelles qui peuvent être intégrées sans déclencher une surcharge.

Dans certaines approches thérapeutiques comme l’hypnose ou la thérapie symbolique, il ne s’agit pas de forcer le retour des émotions, mais de rencontrer progressivement ce qui était hors champ, en respectant les protections internes.

Une pratique pour reconnecter au ressenti

Quand vous sentez une émotion vague, diffuse ou difficile à localiser, vous pouvez essayer ceci :

Posez une main sur votre cœur ou votre ventre, respirez doucement, et demandez intérieurement :
“Quelle sensation mon corps me donne-t-il maintenant ?”
Sans attendre une réponse verbale, juste accueillir ce qui est là, même si c’est peu, confus ou flou.

Il ne s’agit pas de “forcer à sentir”, mais d’ouvrir un espace où une part de vous peut commencer à revenir progressivement.

Pour aller plus loin :

Pour une explication pédagogique en français des mécanismes dissociatifs liés au trauma, la page francophone du Manuel MSD sur le sous-type dissociatif du trouble de stress post-traumatique est une ressource claire et accessible.

Vous pouvez également consulter mes articles : 
Comprendre le trauma : quand l’expérience dépasse nos capacités d’adaptation
Et si vous faisiez de votre inconscient un allié ?
Traumatismes invisibles : comprendre leur impact et s’en libérer

 

Être accompagné·e

Si ce que vous venez de lire résonne avec votre vécu et que vous ressentez le besoin d’être accompagné·e, je propose des accompagnements thérapeutiques en visio et ponctuellement en cabinet à Chalon-sur-Saône (71).

Ma pratique s’appuie notamment sur l’hypnose et la thérapie symbolique, dans une approche respectueuse du rythme et de l’histoire de chacun·e.